 | De la barbarie à la spiritualité Réflexions sur la vie, ses joies et ses peines |
| | Edgar Morin , citations... | |
| | | Auteur | Message |
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mireillee
Inscrit le : 04 Jan 2008 Messages : 10
| Sujet: Edgar Morin , citations... Dim 13 Jan - 21:56 | |
| tiré de: http://www.denistouret.net/textes/Morin.html
mille merci pour ces synthèses et ectraits de citations à l'auteur de ce site!
La politique de civilisation des Judéo-Gentils Edgar Morin (1921- ).
1 Pour Marx, le monde était déterministe et il crut dégager les lois du devenir. Aujourd'hui, nous savons que les mondes physique, biologique, humain évoluent, chacun à leur manière, selon des dialectiques d'ordre, désordre, organisation, comportant aléas et bifurcation, et toutes menacées à terme par la destruction. La pensée socialiste en ruine, Le Monde, 21 avril 1993, p. 2.
2 De plus, l'expérience historique de notre siècle a montré qu'il ne suffit pas de renverser une classe dominante ni d'opérer l'appropriation collective des moyens de production pour arracher l'être humain à la domination et à l'exploitation. Les structures de la domination et de l'exploitation ont des racines à la fois profondes et complexes, et c'est en s'attaquant à toutes les faces du problème que l'on pourra espérer quelques progrès. Ibidem
3 En reprenant et développant le projet de la Révolution française, concentré dans la devise trinitaire Liberté, Egalité, Fraternité, le socialisme proposait une politique de civilisation, vouée à supprimer la barbarie des rapports humains : l'exploitation de l'homme par l'homme, l'arbitraire des pouvoirs, l'égocentrisme, l'ethnocentrisme, la cruauté, l'incompréhension. Il se vouait à une entreprise de solidarisation de la société, entreprise qui a eu certaines réussites par la voie étatique (Welfare State), mais qui n'a pu éviter la désolidarisation généralisée des relations entre individus et groupes dans la civilisation urbaine moderne. Ibidem
4 Le développement urbain n'a pas seulement apporté épanouissement individuel, libertés et loisirs, mais aussi l'atomisation consécutive à la perte des anciennes solidarités et la servitude de contraintes organisationnelles proprement modernes (le métro-boulot-dodo). Ibidem
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Le développement capitaliste a entraîné la marchandisation généralisée, y compris là où régnait le don, le service gratuit, les biens communs non monétaires, détruisant ainsi de nombreux tissus de convivialité. Ibidem
6 La planète est en détresse : la crise du progrès effecte l'humanité entière, entraîne partout des ruptures, fait craquer les articulations, détermine les replis particularistes ; les guerres se rallument ; le monde perd la vision globale et le sens de l'intérêt général. Ibidem
7 Civiliser la terre, transformer l'espèce humaine en humanité, devient l'objectif fondamental et global de toute politique aspirant non seulement à un progrès, mais à la survie de l'humanité. Ibidem
8 L'espérance se fonde sur les possibilités humaines encore inexploitées et elle mise sur l'impropable. Ce n'est plus l'espérance apocalyptique de la lutte finale. C'est l'espérance courageuse de la lutte initiale : elle nécessite de restaurer une conception, une vision du monde, un savoir articulé, une éthique. Elle doit animer, non seulement un projet, mais une résistance préliminaire contre les forces gigantesques de barbarie qui se déchaînent. Ibidem --------
9 Le peuple de gauche était en deuil avant ce deuil. Il avait non tant perdu une bataille que perdu ses mythes, ses rêves, ses hommes de confiance. Le pouvoir socialiste avait oublié les idées socialistes. Les chefs socialistes se divisaient de façon lamentable. Plus de héros, encore moins de martyrs, et voilà un mort que ses racines rendent au peuple, une vie de militant faite au service du peuple, une vie de dévouement s'achevant en martyre. Effectivement, en ne pouvant plus supporter la fonction de bouc émissaire, Bérégovoy est devenu martyr. Mort et transfiguration, Le Monde, 14 mai 1993, p.2. -------- 10
Toute erreur de pensée conduit à des erreurs d'action qui peuvent aggraver les périls que l'on veut combattre. Il faut penser dans leur complexité non seulement l'islam mais aussi les Etats-Unis, Israël, la mondialisation elle-même, en reconnaissant les contradictions incluses dans chacun des termes. Les Etats-Unis sont la plus ancienne démocratie du globe, ils constituent une société ouverte et par ce trait désormais vulnérable. Ils ont sauvé l'Europe occidentale du nazisme, ils l'ont protégée de l'URSS qui était loin d'être un tigre en papier. Ils ont secouru des peuples islamiques en Bosnie et au Kosovo. Les Etats-Unis ne sont pas responsables de la guerre meurtrière Irak-Iran, de la terreur en Algérie, de tous les conflits interarabes. Leur culture ne se réduit pas au McDo ni au Coca-Cola, mais elle s'est montrée créatrice dans la science, la littérature, le film, le jazz, le rock, et l'Amérique s'européanise autant que l'Europe s'américanise. Mais ils constituent une puissance impériale dominatrice par l'armement et par l'économie. Leur démocratie ne les empêche nullement de soutenir des dictatures quand leur intérêt le commande. Leur humanisme comporte une tache aveugle d'inhumanité : ils ont pratiqué des bombardements de terreur sur les villes allemandes, puis les hécatombes de Hiroshima et Nagasaki. Les bombardements continus de l'Afghanistan révèlent un autre terrorisme frappant des populations civiles victimes, non seulement de bombes ou de missiles lancés de trop haut et de trop loin, mais de la peur et de la famine qui les contraint à l'exode. Sensibles à la souffrance des 5 000 victimes du World Trade Center, ils sont insensibles aux désastres humains que leurs bombardements infligent aux populations afghanes. Ils sont inconscients de la contradiction que comporte la terreur de leurs bombardements antiterroristes. Société-monde contre terreur-monde, Le Monde, 22 novembre 2001, p. VI
11 Certes, les Etats-Unis suscitent dans le monde misérable des aspirations, dont celles à y émigrer, ainsi que d'innombrables désirs d'entrer dans leur civilisation ; ils inspirent respect et obéissance à leurs vassaux, et le sentiment de solidarité occidentale demeure puissant en Europe. Mais en même temps la contemplation de leur richesse et prospérité, du sein du manque et du dénuement - dans ce monde misérable -, suscite une immense frustration. Leur domination provoque d'innombrables humiliations, un complexe d'infériorité technique (monde Sud), un complexe de supériorité culturelle (Europe) qui l'un et l'autre éveillent l'animosité. Le mal-développement dont ont souffert tant de nations est attribué au sur-développememt économique américain. L'extrême dénuement alimentaire, médical auquel sont réduites d'immenses populations désarmées devant épidémies et sida nourrissent ressentiments à l'égard des populations hyper-nourries, hypersoignées de l'Occident et surtout des Etats-Unis. Là où il y eut d'antiques et glorieuses civilisations qui se sentent aujourd'hui amoindries ou menacées, le monde américain suscite allergies, inimitiés, agressivité. Ibidem
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Dans la situation actuelle, la frustration, le ressentiment, la nostalgie d'une grande civilisation passée, ressuscitent le rêve de l'Oumma, grande communauté islamique transnationale, et font d'un milliard de musulmans un vivier mondial où peuvent se recruter les djihadistes. Pour toute une jeunesse, du Maghreb au Pakistan, Ben Laden est un superman de la foi qui a décapité les tours d'une Babel qui était en même temps Sodome et Gomorrhe ; c'est un annonciateur de la rédemption de l'islam, de la résurrection de l'Oumma, du retour du califat. Un nouveau messianisme est né, dont on ne peut encore mesurer le développement. Toutefois, en sens inverse, il y a de multiples aspirations vers le meilleur de la civilisation occidentale contemporaine : les autonomies individuelles, les libertés politiques, le droit à la critique, l'émancipation de la femme. La vraie bataille se livre dans les esprits d'un grand nombre d'islamiques, dont beaucoup veulent à la fois sauvegarder leur identité, le respect de leurs traditions et l'accession à des possibilités et droits dont jouissent les Occidentaux. La victoire sera à ceux qui sauront faire la synthèse entre l'identité culturelle et la citoyenneté planétaire. Ibidem [/b] ------- |
|  | | mireillee
Inscrit le : 04 Jan 2008 Messages : 10
| Sujet: Edgar Morin..;suite 1 Dim 13 Jan - 21:58 | |
| 13 La question israélo-palestinienne est devenue le cancer non seulement du Moyen-Orient, mais des relations Islam-Occident, et ses métastases se répandent très rapidement sur la planète.
L'intervention internationale pour garantir la naissance, l'existence et la viabilité d'un Etat palestinien est devenue d'une urgence vitale pour l'humanité.
Au cours de la dernière décennie, une société-monde a, à demi, émergé ; elle a sa texture de communications (avion, téléphone, fax, Internet) déjà partout multi-ramifiée ; elle a son économie de fait mondialisée, mais où manquent les contrôles d'une société organisée ; elle a sa criminalité (mafias, notamment de la drogue et de la prostitution) ; elle a désormais son terrorisme. Mais elle ne dispose pas d'organisation, de droit, d'instance de pouvoir et de régulation pour l'économie, la politique, la police, la biosphère. Il n'y a pas encore la conscience commune d'une citoyenneté planétaire.
La mondialisation du terrorisme constitue un stade de réalisation de la société-monde, car Al-Qaida n'a ni centre étatique ni territoire national, il ignore les frontières, transgresse les Etats, et se ramifie sur le globe ; sa puissance financière et sa force armée sont transnationales. Elle dispose, mieux que d'un Etat, d'un centre occulte mobile et nomade. Son organisation utilise tous les réseaux déjà présents de la société-monde. Sa mondialité est parfaite. Sa guerre religieuse est une guerre civile au sein de la société-monde. Ibidem
--------- Le monde moderne et la question juive
14 L'émancipation: les judéo-gentils L'émancipation L'émancipation des juifs et leur intégration dans les nations occidentales s'effectuent selon un processus heurté au cours duquel les idées de tolérance progressent lentement. Livourne, sous l'égide du grand-duc de Toscane, devient un port franc en 1548: les juifs peuvent y occuper tous les métiers, accéder aux emplois publics; les marranes y ont le droit de se rejudaïser. Amsterdam, après s'être affranchie de l'Espagne, est un lieu de tolérance religieuse où affluent juifs et marranes, qui souvent se rejudaïsentl. La première synagogue ouvre à Londres en 1657. Au XVIIIe siècle, les Lumières apportent les principes de liberté pour tous, d'égalité, de fraternité humaine. Elles épanouissent les idées de la valeur universelle de la raison, de l'autonomie de l'esprit humain pour juger toutes choses, et enfin des droits de l'homme et du citoyen. Le monde moderne et la question juive, pp. 57-58
15 L'attachement aux ancêtres, le souvenir du passé, la persistance de l'antijudaïsme ancien et la virulence de l'antisémitisme moderne imposèrent le sentiment d'une singularité juive au sein de l'identité personnelle et de l'appartenance à la nation. Même laïcisés et affranchis de la Synagogue, les judéo-gentils devenus citoyens portent dans leur diversité la marque d'un destin historique commun. Aussi ne sont-ils pas exactement semblables à leurs concitoyens gentils. Ibidem, p. 69
16 C'est dans l'esprit laïcisé des judéo-gentils européens que ressuscita au XIXe et au Xxe siècle le messianisme, juif par sa source, chrétien par son caractère universel, et qui devient annonce d'un salut terrestre. Le nouveau messianisme judéo-gentil combina l'espérance juive et l'universalisme chrétien. Il trouva ses conditions d'émergence dans la foi dans le progrès, issue des Lumières, exprimée par Condorcet comme une certitude historique, et dans la philosophie de Hegel, pour qui le devenir conduit à l'apothéose de l'Esprit. Les jeunes hégéliens judéo-gentils, tels Max Stirner, Bruno Bauer, Ludwig Feuerbach et surtout Karl Marx, firent émerger un messianisme révolutionnaire du bouillon de culture hégélien. Marx, esprit rationnel extrêmement puissant, ne se doutait nullement de l'inspiration mystico-religieuse qui lui faisait désigner le prolétaire comme nouveau Messie rédempteur, annoncer une apocalypse, la lutte finale contre les forces ténébreuses du capitalisme, et prédire la fin de l'histoire dans l'accomplissement d'une société socialiste universelle, délivrée de l'exploitation, de la servitude et de la domination. Ibidem, pp. 80-81
17 Dans l'Empire tsariste, le message révolutionnaire laïcisa en partie le messianisme religieux que fut le hassidisme. Ce mouvement de piété mystique, porté par l'espoir de rédemption, était né au siècle précédent peut être sous l'influence indirecte du sabbetaïsme, comme le suggère Gershom Scholem (Les grands courants de la mystique juive, Payot, 1950). Les judéo-gentils de l'Empire tsariste, soumis aux discriminations et aux humiliations, menacés de pogroms, furent ceux qui vécurent la foi dans la révolution de la façon la plus active et la plus ardente, et ils fournirent un grand nombre d'animateurs du parti bolchevique, qui compta dans son bureau politique Zinoviev, Kamenev, Radek, Litvinov, Sverdlov, Kaganovitch, puis l'ex-socialiste révolutionnaire Trotski. Dès le début du xxe siècle, des judéo-gentils d'obédience marxiste, tels Bernstein et Kautsky, comprenant que la prophétie marxienne de généralisation du prolétariat par le laminage des classes moyennes ne se réaliserait pas, et conscients de la nécessité de sauvegarder la démocratie, devinrent des «réformistes» qui tempérèrent le messianisme en laissant de côté son aspect apocalyptique et en l'insérant dans un progrès graduel. Ils entrèrent en conflit avec les marxistes orthodoxes, notamment bolcheviques, pour qui ils devinrent des renégats. Ce furent d'autre part des judéo-gentils de l'Empire austro-hongrois comme Max Adler et Otto Bauer qui, en voulant éviter à la fois l'orthodoxie et le réformisme, essayèrent de combler les lacunes de la pensée de Marx, notamment en ce qui concerne la réalité des nations. Ibidem, pp. 82-83
18 Par ailleurs, un certain nombre d'intellectuels judéo-gentils s'emparèrent de la critique marxiste pour ouvrir de nouveaux horizons, mais sans plus nourrir aucune illusion sur la révolution. Ils devinrent les méta-marxistes les plus féconds: Ernst Bloch, Hans Jonas, Walter Benjamin, Theodor Adorno, Max Horkheimer, Herbert Marcuse. Ainsi, il faut constater que, si tant de judéo-gentils furent à la pointe du soviétisme, y compris dans ses aspects les plus terriblement meurtriers, comme l'instauration du goulag, ce sont également des judéo-gentils qui, en nombre, furent à la pointe de l'anti-stalinisme. Ce sont les judéo-gentils dans leur ensemble qui, dans l'Empire soviétique, furent les victimes du néo-nationalisme, puis de l'antisémitisme stalinien camouflé en lutte contre le cosmopolitisme. Ibidem, p. 86
19 Dans les années 1960, avec le trotskisme ou le maoïsme, de nombreux jeunes judéo-gentils, notamment français, retrouvèrent à leur tour l'espérance messianique. Cette nouvelle vague essaima partout dans le monde, ressuscitant la religion révolutionnaire, jusqu'à ce que le collapse du maoïsme en Chine puis l'implosion de l'Union soviétique fassent sombrer cette espérance infinie. Ibidem, p. 87
20 De diverses façons, les judéo-gentils ont participé activement à la formation, au dynamisme et à la transformation du monde moderne. Avec et dans leur singularité propre, ils sont liés, pour le meilleur et pour le pire, à la modernité occidentale. Ils ont œuvré au développement de l'ère planétaire en contribuant à l'essor des cosmopolitismes intellectuel et économique. Ils ont participé à la formation d'un monde méta-national qui à la fois conserve et dépasse les nations. Leur diaspora a été facteur de cosmopolitisme; leur cosmopolitisme a été facteur de mondialisation. Ils ont été des animateurs des deux mondialisations, à la fois liées et antagonistes, la mondialisation économique et la mondialisation culturelle des idées humanistes, contribuant ainsi à l'universalisation de l'universalisme. Cosmopolitisme capitaliste et internationalisme socialiste furent les deux pôles extrêmes et antagonistes du monde judéo-gentil. Sous l'impulsion du néo-messianisme, les judéo-gentils ont nourri les grands rêves émancipateurs de l'humanité et ont porté en eux non pas l'espérance en un autre monde céleste, mais l'aspiration, souvent ardente, à un monde terrestre autre. Ils ont contribué aux rêves et aux réalités de notre devenir. Ibidem, pp. 89-90 --------- |
|  | | mireillee
Inscrit le : 04 Jan 2008 Messages : 10
| Sujet: Edgar Morin...suite 2 Dim 13 Jan - 21:59 | |
| je l'aime tellement cet Edgar qui m'a permis de me forger pendant mon adolescence , et réveiller mon Âme quand j'étais au lycée....que je vous envoie le récit d'une partie de son travail: tiré de : http://www.denistouret.net/textes/Morin.html
En pantoufles, les yeux plissés et pétillants devant un Apple Titanium, Edgar Morin réfléchit une seconde. Il s'exprime vivement et clairement. Seule une déglutition pénible trahit son âge. Le mot «grotesque» trouve rapidement la sortie. «Grotesque», comme l'accusation de «diffamation à caractère racial et apologie des actes de terrorisme» portée au civil contre lui par les associations Avocats sans frontières et France-Israël. Pour avoir écrit notamment : «Les juifs qui furent victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens.» Parues dans une tribune libre du Monde, ces sentences sont trop explosives dans l'hypersensible climat actuel. Il a été relaxé hier (12 mai 2004) par le tribunal de Nanterre. Sa position demeure : il n'y a pas réveil d'un indécrottable antisémitisme en Europe, mais développement d'un «antijudaïsme arabe», produit spécifiquement par la tragédie israélo-palestinienne. Notamment chez les jeunes. Nuance.
Il fut ancien résistant dans le même réseau que Mitterrand, et communiste défroqué et autocritiqué dès 1958. Ami de Marguerite Duras, Dionys Mascolo et Robert Antelme, et analyste mondialement reconnu de la «rumeur d'Orléans» et des révoltes juvéniles de 68. Architecte grandiloquent de la Méthode, prophète universaliste, et globe-trotter gouroutisant de la Terre patrie. Et voilà que ce presque sosie de Frédéric Dard, cette figure débonnaire de mamamouchi stoïque et solaire, ce monument intellectuel républicain d'origine séfarade se retrouve accusé de trahir les siens. Et que débarque ce soupçon d'être un «juif honteux» quand il a déjà tout justifié dans une oeuvre proliférante.
«Il n'y a aucune haine de soi chez Edgar, résume Sami Naïr, député européen, vieux compagnon de chère méditerranéenne et cosignataire poursuivi du texte, juste une salutaire critique de soi.» «Etre juif, pour lui, c'est un adjectif, pas un substantif.» Une identité essentielle mais pas essentialisée. Déterminante mais pas discriminante. Morin : «Français, méditerranéen, juif, universaliste, européen, laïc... Ce sont ce que j'appelle mes identités concentriques.» Agacé : «Je ne peux pas sérieusement entrer dans la catégorie de juif honteux, ou de juif antisémite. Il suffit de me lire !» Vidal et les siens, par exemple, livre hommage ému et méticuleux à sa famille. Le Vidal en question, c'est Vidal Nahoum, son père. Homme gai, débonnaire aussi. Amoureux de Paris et de Marie Bell. Grand siffloteur de chansons 1900. «Les siens», ce sont tous les autres. Une grande famille séfarade, «israélites du Levant», originaires de Salonique, laïcisés par trois générations, émigrés à Ménilmontant en 1919, versés dans le textile, rue d'Aboukir. Edgar est l'enfant chéri et unique de Vidal et Luna Nahoum. Il abandonne le patronyme Nahoum en entrant dans la Résistance, dès 18 ans, pour adopter celui de «Manin». Puis «Morin», après éraflures sémantiques dans le maquis. «Aucun rite, aucune croyance, aucune culture juifs n'étaient incorporés en moi», écrit-il. Il définit son père comme «hors rite». Circoncision quand même. Pâque juive respectée. Mais bar-mitsva négligée. Le porc répugne à son père, mais... pas le jambon. Vidal se sent «lié à Israël». Comme lui aujourd'hui. Mais pas en tant que patrie à défendre coûte que coûte.
Friand d'oxymorons théoriques, Morin définit néanmoins son enfance par des trous et des troubles identitaires intermittents : «J'étais un juif non juif, un non-juif juif.» «En classe on s'entre-posait la question de la religion (et non celle de l'identité ethnique). Et quand je disais juive, je ne me sentais pas seul. Il y avait quatre ou cinq autres juifs dans la classe.» Il ne se sent donc pas rejeté. Juste à l'écart du «noyau ontologique de l'identité commune». Les parents se francisent, commercent en bonneterie. Edgar devient naturellement, avidement, un «enfant de la patrie à l'école». «J'ai gémi sur la mort de la Gaule à Alésia, j'ai exulté à Bouvines», écrit-il avec grandiloquence. L'école républicaine mythifiée scelle sa conformation d'«omnivore culturel», d'étudiant éternel dont il fera profession. Si carence identitaire et faille secrète il y a, c'est moins du côté d'une identité juive contrariée que du côté de la mère absente qu'il faut chercher. Crise cardiaque, le 28 juin 1931. Il a 10 ans. Il vit cette disparition comme un «Hiroshima intérieur». Il la garde en lui. Il se retranche du monde. Il se replie dans les livres. Il maudit en secret son père. Lequel, s'il le surprotège, ne comprend pas son silence filial en retour. Ils se reparlent longtemps après. Il découvre que sa naissance elle-même avait failli provoquer la mort de sa mère mythique. Sortie par le siège. Cordon autour du cou. Trauma résumé et autoanalysé par la formule : «Je devais mourir pour qu'elle vive, elle devait mourir pour que je vive.» Un oxymoron fondateur «vie-mort» auquel Morin ajoutera des centaines d'autres. Couples sémantiques contradictoires et créatifs : «juif/non-juif» (identité/pas particularité), «droitier/gauchiste» (besoin de sécurité/réformes indispensables), «Terre/patrie» (la planète/notre pays), etc. Coexistence assumée des contraires. Tension revendiquée. «Je préfère ce qui relie à ce qui sépare, confesse-t-il. Aujourd'hui, on n'a de cesse que de séparer des populations, diviser des villages, couper des oliviers.» Volonté oecuménique un peu grandiloquente. Posture de saint-nitouche universaliste, admirateur du dalaï-lama et de Mandela. Evidemment, ça agace certains. «Il n'est peut-être pas assez méchant», concède Sami Naïr, l'ami. Morin a vécu trop de cruelles mises à l'écart pour trop souffrir des accusations actuelles. Au PCF, «on me traitait déjà de confusionniste.» Un pied ici, l'autre ailleurs. L'un au CNRS, à Paris, l'autre en Toscane ou au Mexique. Où vient de s'ouvrir une Université Edgar-Morin du monde réel. Les hommages internationaux le «consolident psychiquement», le «protègent des critiques méchantes». Il aime qu'un instituteur argentin ait lu ses livres. Il se sent «utile». Il affirme ne tirer «aucune jouissance secondaire de sa marginalité» toute relative. Pointe quand même une sorte de satisfaction repue à «s'autoexclure du groupe», comme disait une vieille blague, chez ce dingue d'aubergine et de pastellico (tourte séfarade mythique), hédoniste et travailleur, fêtard et longtemps dragueur (trois mariages, deux filles, Véronique et Irène).
Se revendiquant néo-marrane, du nom de ces juifs espagnols convertis de force au catholicisme sous l'Inquisition, il se sent le fils spirituel de Spinoza, «parce qu'il récuse l'idée d'un peuple élu», Montaigne et Cervantès. Il cultive secrètement/publiquement dans leur sillage une double identité. Quitte à frôler parfois la tautologie (tout est dans tout), la duplicité (beurre, argent du beurre) ou la nunucherie existentielle (amour pour tous). Derrière son incrédulité chagrine, il éprouve peut-être finalement un malin plaisir à observer l'indignation hystérique de ses détracteurs. Comme s'il savait intimement ce verset de l'Evangile selon saint Matthieu : «Heureux les débonnaires, ils hériteront de la terre !» Libération, Par Emmanuel PONCET, jeudi 13 mai 2004, p. 44
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(Juin 2005) En témoignage de solidarité avec Edgar Morin. Après sa condamnation pour «diffamation raciale» à la suite d'un article sur Israël et la Palestine.
Infirmant le jugement rendu en leur faveur par le tribunal de grande instance de Nanterre, la cour d'appel de Versailles vient de condamner pour «diffamation raciale» Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave, signataires d'un article intitulé «Israël-Palestine : le cancer» publié dans le Monde du 4 juin 2002.
Faisant état, sur la base de faits internationalement condamnés, de la politique de répression israélienne, alors particulièrement violente, cet article s'inquiète des conséquences désastreuses de ce conflit dans le monde, notamment en France, où il suscite judéophobie et arabophobie. L'article souligne avec indignation et douleur que l'expérience des persécutions et humiliations bimillénaires subies par les Juifs n'aura nullement empêché persécutions et humiliations des Palestiniens.
Dans l'esprit des auteurs, cette constatation comportait un respect de mémoire rendu à un passé de souffrance.
L'imputation de diffamation raciale s'appuie sur la façon dont, dans deux passages, extraits de deux paragraphes différents, s'était exprimée cette indignation douloureuse. Or, par principe élémentaire de connaissance et de jugement, on sait que toute phrase s'éclaire par le texte où elle s'inscrit et que tout texte s'explique par son contexte. De fait, le reste du texte confirme que les critiques s'adressent non à un peuple mais à un occupant ; une phrase de l'article lui-même éclaire sans ambiguïté cette évidence : «Cette logique du mépris et de l'humiliation, écrivent les auteurs, n'est pas le propre des Israéliens, elle est le propre de toutes les occupations, où le conquérant se voit supérieur face à un peuple de sous-humains.»
Quant au contexte, les auteurs de l'article sont connus pour être, dans leurs personnes et leurs écrits, des ennemis de tous les racismes et de toutes les discriminations. Edgar Morin est internationalement reconnu comme un humaniste ayant toute sa vie condamné toute forme de déni d'autrui. Sami Naïr et Danièle Sallenave sont également connus pour les combats politiques et intellectuels qu'ils ont menés contre toutes les formes de discrimination. C'est pourquoi :
Nous nous élevons contre une pratique de lecture qui isole un fragment de texte du texte lui-même et de son contexte. Cette méthode a conduit à imputer aux auteurs une position qui est exactement contraire à leur intention.
Nous nous inquiétons légitimement de toute mesure qui tend à réduire la liberté de critique à l'encontre de la politique d'un Etat quel qu'il soit. Nous craignons que la sanction d'un antisémitisme imaginaire ne contribue à l'expansion néfaste de l'antisémitisme réel.
Nous exprimons notre profonde préoccupation face à un jugement sanctionnant un article qui plaide clairement, à travers une analyse équitable et complexe, pour la paix et la fraternité entre les protagonistes de la tragédie israélo-palestinienne.
Parmi les premiers signataires :
Laure Adler écrivaine, Marine et Jean Baudrillard philosophes, Esther Benbassa directrice d'études à l'EPHE, Sophie Calle, artiste Olivier Cohen éditeur, Jean Daniel directeur du Nouvel Observateur, Régis Debray écrivain et philosophe, Jean-Claude Guillebaud écrivain et éditeur, Stéphane Hessel ancien ambassadeur de France, Emmanuel Le Roy Ladurie professeur au Collège de France, Olivier Mongin directeur de la revue Esprit, Edwy Plénel journaliste, Alain Touraine directeur d'études à l'EHESS, Michel Wieviorka directeur d'études à l'EHESS. liberation.fr, vendredi 24 juin 2005, p. 33
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Morin, les contradictions d'un juif rebelle, par Elie Barnavi (ancien ambassadeur d'Israël en France), Marianne, 27 janvier au 2 février 2007, p. 71
L'essai d'Edgar Morin le Monde moderne et la question juive est consacré à un néologisme de son invention: le « judéo-gentil » (de gens, « nation »). Ce judéo-goy (l'équivalent hébraïque de « gentil») est un juif qui s'est ouvert à la culture des autres et qui, ce faisant, est resté totalement juif tout en devenant totalement autre. Son histoire est aussi vieille que le judaïsme lui-même, puisque les juifs n'ont cessé d'osciller entre enfermement ethnique et osmose avec leur environnement culturel. Cependant, à en croire Morin, de Montaigne et Cervantès à Morin lui-même en passant par Spinoza, c'est le marrane, le juif espagnol forcé de se convertir et ses nombreux avatars (le « postmarrane », le « néomarrane », le « spinoziste »), qui en constitue la parfaite incarnation.
Parfois, le "porc" (c' est la signification, pas très « gentille », du vocable marrano) a continué de « judaïser » en secret, parfois il a abandonné tout à fait la foi de ses pères, parfois encore, émigré sous des cieux plus cléments, il y est retourné ouvertement. Il lui est arrivé d'embrasser avec ferveur sa nouvelle confession (Thérèse d'A vila) ou, avec une égale ferveur, de redevenir juif (Manassé ben Israël).
Mais le plus souvent, mal à l'aise dans les identités exclusives, il s'est abandonné à un scepticisme philosophique qui en a fait un passeur, une préfiguration des Lumières, bref, un formidable précurseur de la modernité.
Morin aime bien les judéo-gentils en général et les marranes en particulier. Il y décèle sa propre passion d'un universalisme généreux, impatient à l'égard de toutes les formes d'enfermement particulariste. En revanche, il n'aime pas du tout l'Etat d'Israël, dans lequel il voit précisément cela. C'est bien son droit. Mais ce n'est pas sans péril qu'il fait de celui-ci le pendant négatif de ceux-là.
Trop souvent, le pamphlet l'emporte sur l'essai érudit, le plaidoyer pro domo sur l'analyse. Visiblement écrit à la hâte, mal ou pas du tout relu (les approximations factuelles, linguistiques, biographiques et bibliographiques abondent, les répétitions, mot à mot parfois, aussi), on ne peut s'empêcher de penser que c'est la détestation d'Israël qui justifie l'ensemble de l'ouvrage, l'exaltation du marranisme y compris.
J'ignore à qui pensait Milner lorsqu'il brossait, dans« Le Juif de savoir », le portrait au vitriol de son « juif de négation » *. Mais je suis prêt à parier mon dernier kopeck que Morin n'y est pas étranger. * Marianne du 2 décembre 2006. Le Monde moderne et la question juive, d'Edgar Morin, le Seuil, colI. « Non conforme », 266 p., 12 €.
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La condamnation d'Edgar Morin pour diffamation raciale cassée Article publié le 14 Juillet 2006 Par Nathalie Guibert Source : LE MONDE
12 juillet 2007. Pour la Cour de cassation, le texte sur Israël paru dans « Le Monde » qui avait valu au sociologue d'être condamné en appel est « l'expression d'une opinion qui relève du seul débat d'idées ». La Cour de cassation a annulé, mercredi 12 juillet, la condamnation pour « diffamation raciale » prononcée en 2005 contre le sociologue Edgar Morin, le député européen Sami Naïr et l'écrivain Danièle Sallenave, qui avaient publié un point de vue intitulé « Israël-Palestine : le cancer » dans Le Monde du 4 juin 2002, ainsi que contre Jean-Marie Colombani, directeur du quotidien. Deux associations, Avocats sans frontières et France-Israël, avaient engagé des poursuites contre le texte, visant deux passages en particulier.
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|  | | jamy Invité
| Sujet: conflit israelo palestinien Lun 14 Jan - 8:14 | |
| ce que je pense du conflit israelo palestinien : Le conflit israelo palestinien, comme son nom l'indique, est un conflit entre deux peuples, qui se servent mutuellement de la religion afin de servir de base à leur conflit. Donc il ne faut pas nier cette entité religieuse dans l'un et l'autre parti Le peuple palestinien est un peuple victime d'un bourrage crane religieux, et semble penser, helas que sa vocation est d'anéantir ou d'etre les enemis jurés des israeliens. Donc peut-etre les palestiniens sont des victimes, mais ils sont avant tout les victimes d'un endoctrinement religieux helas aveugle, comme c'est d'ailleurs le cas en Israel mais de façon moins accentué. En d'autres termes le malaise palestinien est du a leur haine de l'israel, et derriere la haine du juif. C'est bien de l'antisemitisme. Tout ça parce que mahomet a enseigné aux musulmans qu'ils étaient meilleur juif, que les juifs, et par conséquent non seulement remis en question l'existence d'israel mais en outre authorisé les musulmans à remplacé les juifs dans cette terre d'israel. Donc ce que les musulmans visent ce n'est pas l'etat d'Israel, mais bien et encore cette thora que tout le monde veut s'accaparer, et dont nous n'ignorons pas qu'elle appartient (je parle de la thora) aux juifs parce que c'est eux qui l'ont écrites. Donc ce conflit est un conflit lié a l'appropriation de la thora par l'un ou l'autre camp. C'est evidemment n'importe quoi. Parce si la thora appartient aux Juifs Dieu appartient à tout le monde. et c'est vrai que les juifs devraient se rappeler que Dieu effectivement appartient à tout le monde. Mais bon comment faire en face de gens endoctrines, persuadés qu'ils sont dans leur droit, parce que leur livre, le Koran leur à dit. Tout le monde a du mal a remmettre en question son livre, les juifs, comme les chretiens, comme les musulmans et c'est de là que vient le véritable probleme. Ce qui est dit dans ces trois livres est faut. Et tout le probleme vient de malentendus, idiots et d'endoctrinements de la part des deux partis. Et helas aucun des religieux de ce monde ne veut entendre raison, .... |
|  | | Jamy Invité
| Sujet: israel palestine Lun 14 Jan - 8:39 | |
| la conclusion : ma conclusion sur ce dossier, c'est que defendre la paix en Israel c'est deffendre les palestiniens contre eux même, parce qu'ils sont atteint d'une maladie grave mais pas incurable, cette sorte haine, et la foi en un livre qui ne leur est pas d'un sage conseil. Tandis que leur foi en Dieu n'est pas en remmettre en question Tout le monde à droit de croire en Dieu . Et tout le monde s'appuie sur des livres bidons eux comme les autres. les musulmans comme les juifs et comme les chretiens. Donc nous avons tous faux il faut le reconnaître. Et cesser ses conflits le plus possible |
|  | | jamy Invité
| Sujet: suite conflit israelo palestinien Lun 14 Jan - 8:57 | |
| le pire ou le plus drôle dans cette affaire, c'est que toutes les erreurs, que font les musulmans, ce sont toutes les erreurs que les juifs(ont fait par le passé) et par conséquent qu'ils leur ont apprit à faire. le probleme c'est que c'est un juif qui se regarde dans un miroir et qu'est ce qu'il voit un arabe. C'Est le miroir inversé.( Et que c'est aussi valable mais à moindre échelle pour un chretien et un musulman, ou dans des proportions differentes. ) |
|  | | | Edgar Morin , citations... | |
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